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Récit

A la maison d’accueil Montfort, des femmes trouvent enfin du réconfort

Cela fait 37 ans que des femmes en situation d’exclusion sont accueillies à la maison d’accueil Montfort. L’association voit son budget rogné par les factures de gaz. L’aide prodiguée par la Fondation Roi Baudouin pour faire face à la crise énergétique contribue à atténuer le choc.

La vie change pour Khadidja. Après deux années passées dans la maison d’accueil et d’hébergement ‘Accueil Montfort’, à Jette, elle s’apprête à sauter le pas et vivre dans un logement social de la commune. C’est un véritable motif de fierté pour la jeune femme de 34 ans : « C’est la première fois que je vais habiter seule », lance-t-elle, avant de souligner que c’est au sein de la maison d’accueil, qu’elle elle a mûri : « J’ai pris confiance en moi ici, j’ai pu prendre ma vie en mains. »

Comme la plupart des résidentes d’Accueil Montfort, le parcours de vie de Khadidja a été marqué par la violence et l’exclusion. C’est au sein de la maison que ces femmes trouvent du répit et peuvent, lentement, se reconstruire. « Ici, nous offrons un hébergement et nous accompagnons chaque femme à devenir actrice de sa vie. Le seul point commun entre elles, quand elles nous adressent une demande, c’est qu’elles n’ont pas ou plus de toit. La perte de leur « chez soi » est souvent liée à des problématiques complexes et variées », explique Catherine Massart, assistante sociale depuis plus de trente ans au sein de la maison d’accueil.

Cette « maison » est constituée de deux bâtiments qui se font face. L’un sert à l’accueil communautaire, au début de la période d’hébergement, dans lequel vivent seize femmes. En face, un immeuble découpé en studios permet à dix-huit femmes de vivre en quasi-autonomie. Elles disposent d’une kitchenette, d’une salle de bains, et d’un balcon. Chaque année, plus de 80 femmes viennent y trouver refuge. Leurs parcours sont multiples, mais chacune d’entre elles a été abîmée par la vie, confrontée à la violence intrafamiliale, aux affres de l’addiction, à la vie sans abri.

Pour Khadidja, ce kaléidoscope des difficultés est pourvoyeur de sens : « Rencontrer les autres femmes ici ça permet de se rendre compte qu’on n'est pas seule. » La maison d’accueil propose régulièrement des activités collectives, du fitness, du théâtre, des ateliers centrés sur l’estime de soi et un groupe de parole mensuel.

Pas à pas vers l’autonomie

Toutes aspirent à retrouver leur autonomie, à leur rythme. L’accueil, ici, peut durer jusqu’à deux ans. Le travail social s’installe sur le temps long, il aide ces femmes à poser les fondations d’une vie un peu plus stable et sécurisante. « L’objectif que nous poursuivons c’est de laisser une trace positive dans la vie des personnes hébergées », résume Elisabeth Deladrier, directrice de la maison d’accueil. Elle sait que les résidentes ne sortiront pas toutes de la maison d’accueil avec un appartement et un contrat de travail. « Mais elles garderont une trace de leur passage, ajoute la directrice. Qu’il s’agisse d’une cure de désintoxication, d’une remise en ordre administrative, d’un suivi psychologique. »

L’accompagnement au sein de la maison d’accueil Montfort est centré autour du projet de chaque résidente. Une formation, un suivi d’études, la recherche d’un boulot. Tout est bon pour se mettre en mouvement. Le boulot et l’appartement, c’est bien l’objectif de Murielle, installée dans la maison d’accueil depuis plus d’un an, après des années de vie dans la rue, marquées par l’alcool et la dépression, suite à la perte de son emploi dans l’Horeca. Elle a retrouvé l’équipe de la maison d’accueil qu’elle avait déjà côtoyée, 20 ans auparavant. Peu à peu, elle se remet sur pied. « Ici c’est comme ma famille, confie-t-elle. L’équipe ici m’apporte beaucoup, me tire vers le haut. »

"Ici, nous offrons un hébergement et nous accompagnons chaque femme à devenir actrice de sa vie"
Catherine Massart
assistante sociale à la maison d’accueil Montfort

Mais la mécanique huilée de la maison d’accueil, qui existe depuis 1985 – se grippe depuis quelques mois. En cause : la hausse des prix de l’énergie. « Ici c’est un lieu de vie aux volumes conséquents, nous ne pouvons pas beaucoup réduire la consommation d’énergie », déplore la directrice. Les factures de gaz de la maison d’accueil ont grimpé de 21.000 euros à plus de 34.000 euros en un an, et encore, les dernières augmentations n’ont pas été comptabilisées. Elisabeth Deladrier plaide pour que le tarif social soit appliqué à des associations comme la sienne. En attendant, l’aide de 5000 euros obtenue en urgence auprès de la Fondation Roi Baudouin permet d’amortir le choc et d’éviter d’augmenter la participation financière des résidentes. Ces dernières pourront continuer de fréquenter la salle commune, chauffée comme il se doit, là où des liens se nouent dans la salle commune, autour du kicker, devant la télé, ou dans le fumoir d’à-côté.

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