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Récit

Maisons de repos et de soins : choisir, c’est renoncer ?

2021

En plus de mettre les soignants sous pression, la crise sanitaire les oblige à opérer des choix éthiquement difficiles. Ces choix sont source de souffrance, qui peut affecter leur rapport à eux-mêmes et à leur profession. Pour les aider, le Centre Ressort de la Haute École Robert Schuman a conçu, avec le soutien du Fonds Dr. Daniël De Coninck, géré par la Fondation Roi Baudouin, un outil accessible à tous, qui met l’éthique au centre des soins.

Au cours de l’année écoulée, beaucoup de soignants ont été confrontés à des injonctions contradictoires. Comment concilier par exemple le respect de l’autonomie et des libertés individuelles, prôné par la loi relative aux droits du patient, avec la protection de la collectivité, qui vise à limiter la circulation du virus, et donc les déplacements des patients ou des résidents ? Et qu’en est-il des personnes présentant des troubles cognitifs ?

Une histoire de valeurs

"Elles sont assignées à leur chambre, comme les autres, mais, pour peu que leur humeur fluctue ou que leur mémoire leur joue des tours, elles déambulent dans les couloirs", explique César Meuris, Docteur en Histoire et Philosophie des Sciences et coordinateur de recherche au Centre Ressort. "Le soignant, à qui sa hiérarchie a donné des consignes, elles-mêmes inspirées des directives gouvernementales, ramène la personne à sa chambre, une fois, deux fois, cinq fois… Mais, à un moment donné, il ne peut plus esquiver le problème : s’il veut assurer la sécurité de la collectivité, il doit contraindre la personne, voire la contentionner. Ce qui l’amène à tourner le dos à une valeur aussi fondamentale que la liberté d’aller et venir, et aussi à une certaine bienfaisance médicale, puisque la contention a des conséquences négatives, tant physiquement que psychologiquement. Et, s’il refuse de la contentionner, le problème reste entier."

Le soignant se retrouve donc face à deux consignes incompatibles, dans une situation où choisir l’une, c’est bien souvent renoncer à l’autre. "Le mal-être qui en découle produit inévitablement de la souffrance", souligne César Meuris. "Et cette souffrance est éthique, parce qu’elle se vit dans un contexte où différentes valeurs qui comptent pour la personne ne peuvent pas être respectées simultanément." Pour les responsables du Centre Ressort, dont le pôle Santé, Éthique et Vieillissement a une fonction d’aide à la réflexion en cas de situation éthiquement difficile, le danger était évident : tout soignant dont la souffrance n’est pas prise en compte risque de développer des mécanismes de protection, de chercher à se ‘blinder’, au point de perdre peu à peu sa réceptivité, sa capacité d’écoute et, plus largement, le sens de sa profession.

En porte-à-faux

L’outil ‘Apaiser la souffrance éthique’*, conçu par la Dr. Cécile Bolly, fondatrice du Centre Ressort, le philosophe Jean-Michel Longneaux, professeur à l’Université de Namur, et César Meuris, est né de cette prise de conscience. Ce document sans prétention, qui peut être abordé "à trois sur un coin de table pendant la pause de midi ou en plus grand groupe, avec un animateur formé par nos soins", se présente comme un support ‘qui permet d’identifier les conflits de valeurs, de les nommer et de mieux comprendre comment ils sont vécus, pour pouvoir ensuite les travailler collectivement de façon plus éclairée’. "D’entrée de jeu, insiste César Meuris, cette souffrance éthique, dont beaucoup de soignants n’osent pas parler, parce qu’ils ne se sentent pas autorisés à lui faire une place, est reconnue et expliquée. Elle émerge lorsque les soignants doivent réaliser des actes qui les obligent à transgresser, voire à renier, leurs propres valeurs. Mais, en tentant de la nier, ils risquent de se retrouver en porte-à-faux avec leur pratique, et donc d’offrir des soins de moins grande qualité."

Le parcours proposé comporte plusieurs étapes. "Avant tout, commente César Meuris, chaque soignant identifie une situation qu’il a vécue comme difficile et accueille les émotions qu’elle a suscitées en lui. Les récits sont ensuite mis en commun, ce tour de table révélant aux participants qu’il peut y avoir différentes manières de se rapporter à une même situation. Une fois les cas problématiques discutés en petits groupes, deux questions sont posées : existait-il des solutions qui auraient permis de respecter toutes les valeurs en conflit, au lieu d’en éliminer certaines ? Et était-il possible de hiérarchiser les valeurs en tension et selon quels critères ? Ainsi, les soignants construisent ensemble un process, qui est partagé et co-porté, ce qui allège d’autant la pression."

La dernière étape consiste, pour chaque soignant, à tirer les conclusions de cette démarche pour lui-même et son équipe, mais aussi à aller (beaucoup) plus loin. "L’idée est de répercuter ces conclusions à la direction, ainsi qu’aux autres instances concernées, pour qu’elles constatent comment leurs injonctions se traduisent dans la réalité et qu’elles puissent éventuellement les réajuster. À ce stade, évidemment, une certaine prudence s’impose, toutes les instances ne cultivant pas la même ouverture d’esprit. Mais il nous semble quand même essentiel que les participants réfléchissent au message qu’ils voudraient transmettre sur base de leur expérience. Car le mieux-être des professionnels influe sur celui de leurs patients ou de leurs résidents."

Success story

Cet outil devait être testé au départ dans une dizaine de maisons de repos et de soins, mais, très vite, il a été mobilisé par d’autres acteurs, comme les plateformes de soins palliatifs, qui ont des équipes de psychologues pour accompagner les professionnels dans les maisons de repos. "Et les retours sont très positifs. Les demandes d’interventions ne cessent d’arriver et nous venons d’être sollicités par la Fédération des CPAS. Mais il est important d’insister sur le fait que cet outil ne doit pas enfermer : c’est un soutien à la créativité. Il doit être investi, transformé, réinventé en fonction des situations spécifiques et du cadre institutionnel. Et, bien qu’il ait été créé dans le contexte de la Covid, il peut être utilisé en pratique courante, chaque fois qu’émerge une souffrance d’ordre éthique – phénomène qui dépasse de loin les circonstances exceptionnelles liées à la pandémie."

"La crise du Covid-19 a montré aux professionnels que l’éthique n’est pas un élément accessoire : elle est au centre des soins."
César Meuris
Centre Ressort de la Haute École Robert Schuman

* Consultable et téléchargeable sur https://ressort.hers.be > Accueil >Pôle Éthique > Boîte à outils de l’éthique > Apaiser la souffrance éthique.

À propos du soutien du Fonds Dr. Daniël De Coninck

Géré par la Fondation Roi Baudouin, le Fonds Dr. Daniël De Coninck investit dans des soins de première ligne humains, accessibles et de qualité. Il veut ainsi améliorer la santé et la qualité de vie de personnes qui ont besoin de soins et d’un soutien à domicile tout en apportant un appui aux professionnels des soins et de l’aide sociale. Le projet ‘Création d’un outil d’aide à l’identification de la souffrance éthique des soignants et accompagnement de ceux-ci pour élaborer des pistes d’action adaptées’ bénéficie du soutien du Fonds Dr. Daniël De Coninck dans le cadre de l’appel ‘Les MR/MRS face à la crise COVID-19. Au total, 31 projets ont été sélectionnés. Plus d’infos sur www.fondsdanieldeconinck.be

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