Récit

Des colis alimentaires pour étudiants précaires

2021

"Nous ne pouvions pas laisser des étudiants en difficulté avoir faim."
Emilie Many
Directrice des Capucines

Avec le confinement, de nombreux étudiants ont perdu leurs ‘jobs’. Ils se retrouvent sans le sou et n'ont parfois même plus de quoi se nourrir. Les Capucines, épicerie sociale des Marolles, leur vient en aide. Chaque semaine, elle leur livre une box alimentaire équilibrée. Un projet qui a pu se mettre en place grâce à l’aide d’urgence octroyée par la Fondation Roi Baudouin dans le cadre de la crise du COVID-19.

Pour Amira, le coronavirus a tout changé. Cette jeune étudiante en psychologie à l'Université Libre de Bruxelles finançait sa vie quotidienne grâce à un job de secrétaire médicale au service des IRM de l'hôpital Erasme, décroché via une agence d'intérim. "J'ai reçu dès le début du confinement un e-mail m'expliquant que les rendez-vous étaient annulés. Mon emploi a sauté", déplore-t-elle.

Comme beaucoup d'autres étudiants, Amira a vu sa source de revenus se tarir du jour au lendemain. Pas possible pour elle de se tourner vers sa famille, qui aide à hauteur de ses moyens, ni, dans l'immédiat, vers le CPAS, car Amira est française et les démarches sont longues et incertaines. Elle est logée grâce à l'Agence immobilière sociale étudiante. L'agence a décidé de reporter le paiement des loyers des étudiants en difficulté qui n'ont plus de sources de revenus depuis le début de l'épidémie de COVID-19.

Même sans loyer à payer, comment ces étudiants peuvent-ils se nourrir ? "Sur nos 202 logements, 140 étudiants sont aujourd'hui en incapacité de payer leur loyer", explique Laïla Errachidi, directrice du pôle logement de l’Agence immobilière sociale étudiante. "Beaucoup avaient des petits boulots dans des restaurants ou à l'aéroport et n'ont plus rien aujourd'hui. Je me suis dit qu'il fallait trouver une solution pour les aider au moins à manger. C'est la priorité pour moi". Cette solution, Laïla Errachidi est allée la chercher aux Capucines, une épicerie sociale des Marolles, bien connue des habitants du quartier, qui tente de concilier le plaisir de manger, la diététique et, bien sûr, l'accessibilité aux publics précaires. "Notre idée, c'est que le public ait accès à de la nourriture de qualité, qu'il ait du choix et que les produits soient bons pour la santé", explique Emilie Many, directrice des Capucines. L'association est à la fois une épicerie sociale et un lieu de formation où des publics en insertion socioprofessionnelle – envoyés par les CPAS et Actiris – apprennent le métier de réassortisseur.euse ou d’assistant.e administratif.ve.

Les bénéficiaires et les accidents de la vie

"Laïla Errachidi m'a demandé si nous faisions des colis pour les étudiants qui n'ont plus rien", poursuit la directrice de l'épicerie sociale. Et la réponse était "non". Pas de colis livrés à domicile. Mais pourquoi pas ? L'asbl décide alors de s'y mettre illico. "Il fallait faire quelque chose pour ces étudiants en difficulté", assène Emilie Many. Cette dernière se tourne vers l’appel d’urgence de la Fondation Roi Baudouin destiné aux organisations de lutte contre la pauvreté le sans-abrisme afin de trouver un financement pour la confection et la livraison de box alimentaires. Grâce au soutien de 10.000 euros, les Capucines est en mesure de concevoir ce projet et de livrer chaque semaine des colis alimentaire au domicile de près de 50 étudiants.

Si l’Agence immobilière sociale étudiante s'est adressée aux Capucines, c'est que l'épicerie sociale, crée en 2004, est devenue un acteur incontournable de l'aide alimentaire à Bruxelles. L'association propose un rayonnage de produits à des tarifs sociaux très avantageux, présentés dans un cadre agréable et convivial, où l'on apprend des recettes et où l'on déguste des mets. L'asbl a développé un partenariat étroit avec Carrefour, pour les produits alimentaires, qui lui permet de récupérer des invendus ou d'acheter des denrées à des tarifs très bas, normalement réservés aux magasins franchisés. L'épicerie fait aussi partie du réseau 'Good to give' – qui lie entreprises et aide sociale – ce qui lui permet de récupérer des produits non-alimentaires, notamment hygiéniques. Chaque année, elle vient en aide à plus de 1.500 personnes. Et encore, il s'agit de l'aide directe, prodiguée via le magasin. Car les Capucines génèrent aussi des invendus. Ceux-ci sont distribués à d'autres associations – comme Pierre d'angle, lieu d'accueil pour sans-abri ou Nativitas, restaurant social – qui les cuisinent et/ou les redistribuent ensuite à leurs propres bénéficiaires, ce qui permet de toucher plus de 1.500 autres personnes.

Le minimum pour survivre

Bien sûr, le magasin a dû s'adapter au confinement... mais il n'a pas fermé. "Il fallait rester ouverts, ce n'était pas négociable, mais avec le maximum de sécurité pour tous", s'exclame Emilie Many. Le public qui vient s'approvisionner aux Capucines n'est pas uniquement composé de bénéficiaires du CPAS. "Lorsque l'un des 50 services avec lesquels nous travaillons – consultation de l'ONE, maison médicale, service social – constate que des personnes ont besoin d'aide alimentaire, alors ils les envoient chez nous". Il y a des pensionnés en difficulté, des personnes surendettées, des sans-papiers, des personnes malades. "La plupart ont subi un accident de la vie", résume Emilie Many.

Et parmi les nouveaux bénéficiaires de l'aide apportée par Les Capucines, il y a désormais Amira, qui reçoit sa box à son domicile, agrémentée de petits conseils prévenants. "Il y a des aliments pour tenir la semaine", dit-elle. "C'est juste parfait. On trouve des produits très variés, des produits frais et des fruits. Là, on a reçu une mangue alors que je n'en achète pas d'habitude car c'est un peu cher. On reçoit des recettes équilibrées, de riz aux légumes par exemple. Et il y avait même quelques œufs de Pâques. Cela nous aide, c'est certain". Pas de quoi compenser les pertes liées au COVID-19, bien sûr, mais le minimum vital.. en attendant le déconfinement.

À propos de l’appel d’urgence ‘COVID-19 : personnes précarisées’

Dans le cadre de la crise sanitaire liée au coronavirus, la Fondation Roi Baudouin a lancé rapidement un appel d’urgence destiné aux organisations de lutte contre la pauvreté et le sans-abrisme, au moyen d'une procédure accélérée et allégée. L’objectif est que les publics vulnérables avec lesquels ces organisations travaillent, et qui sont gravement touchés par la crise du COVID-19, puissent continuer à être aidés. Les organisations sélectionnées bénéficient d’un soutien forfaitaire de 10.000 euros.

Au total, quelque 5 millions d'euros sont octroyés par la Fondation aux acteurs de terrain qui font face à l'urgence en Wallonie, à Bruxelles et en Flandre: 3 millions d'euros aux organisations de lutte contre la pauvreté et le sans-abrisme, et 2 millions d'euros aux organisations de première ligne d'aide et de soins. Plus d'infos

Autres récits
Un engagement qui inspire !

‘Un toit, un cœur’, de la chaleur humaine pour les plus précaires

Justice sociale et pauvreté

"Le soutien de la FRB est une véritable bouffée d’oxygène pour notre association."
Stéphanie Seutin
coordinatrice de l’asbl ‘Un toit un cœur’

Autres communiqués

Dénombrement du sans-abrisme et de l’absence de chez-soi : le 29 octobre à Charleroi, Namur, dans le sud de la Flandre occidentale et la région de Vilvorde

11 10 2021

À l’initiative de la Fondation Roi Baudouin, un dénombrement des personnes sans-abri est organisé le 29 octobre 2021 à Charleroi, Namur, dans le sud-ouest de la Flandre et la rég…