Récit

Le passé n’est pas mort

Alors que les derniers témoins de l’horreur de la Seconde Guerre mondiale disparaissent peu à peu, les réflexions vont bon train sur la manière dont les jeunes générations peuvent apprendre ce qu’il s’est passé à l’époque, et pourquoi il est important qu’elles comprennent à quoi peut conduire la diabolisation de l’autre. Telle est la mission du Fonds Aurore Ruyffelaere.

L’éducation à la mémoire, à savoir la sensibilisation et la connaissance de l’Holocauste, est une mission qui incombe à l’ensemble de la société. Mais les enseignants sont en première ligne. Et ça, Aurore Ruyffelaere s’en était bien rendu compte ! Cette professeure d’histoire passionnée s’associait à des collègues pour traiter principalement ce sujet avec ses élèves de l’enseignement professionnel, en se rendant même avec eux à Auschwitz.

Cela fait maintenant dix ans qu’Aurore a perdu la vie. Pour entretenir le souvenir de l’œuvre de leur fille, ses parents ont créé le Fonds Aurore Ruyffelaere au sein de la Fondation Roi Baudouin. Le Fonds soutient des projets à l’école qui s’attachent à lutter contre le nationalisme extrême, le racisme et la discrimination.

Les enseignants ont toutes les peines du monde à entretenir la mémoire collective de ce passé en classe. À l’heure actuelle, rares sont les étudiants qui ont encore des grands-parents qui ont vécu la Seconde Guerre mondiale et qui peuvent leur relater les faits d’alors. Dans une Flandre de plus en plus diversifiée, de nombreux enfants issus de l’immigration sont scolarisés et portent un regard différent sur l’histoire. En outre, les jeunes s’émancipent davantage et s’informent auprès d’un plus grand nombre de sources, pas toujours fiables.

Déjouer les algorithmes

Lors de la journée d’étude organisée au musée BELvue en mai 2023, à l’occasion du dixième anniversaire de la disparition d’Aurore, de nombreuses écoles ont prouvé qu’avec le soutien du Fonds AuroreRuyffelaere, elles peuvent encore trouver des moyens créatifs, stimulants et scientifiquement fondés de faire un devoir de mémoire, pour tous les âges et tous les types d’enseignement.

Le Koninklijk Atheneum Antwerpen, une école avec un public très diversifié dans une ville très diversifiée, par exemple, s’est attaqué au projet Athena Syntax avec une méthodologie britannique. Les élèves travaillent ensemble sur des questions d’actualité, prennent position, étudient les sources et arrivent à mener un débat avec la « partie adverse ». Ensuite, ils changent de position. Ils découvrent ainsi l’importance d’écouter les autres et de trouver des compromis.

Des compétences essentielles à l’heure actuelle, selon Christophe Busch, directeur du Hannah Arendt Instituut voor diversiteit, stedelijkheid en burgerschap, au début de la journée d’étude. « Internet et l’intelligence artificielle déterminent de plus en plus les informations que nous voyons sur nos écrans. » C’est ce qu’il appelle l’algorithmisation de la société. « Progressivement, on ne nous montre que ce qui semble correspondre à ce que nous pensons déjà et à la manière dont nous le pensons. » L’éducation peut fournir l’antidote aux jeunes en leur apprenant à faire preuve d’esprit critique, à valoriser l’information, à distinguer les faits de la fiction et du mensonge.

Marion Van San, titulaire de la chaire d'éducation à la mémoire à l'université de Gand, a déclaré que pendant son temps libre, elle part à la recherche des lieux où des personnes ont été cachées pendant la guerre et des récits de ces personnes. Même si elles sont parfois moins positives.

Des leçons bien étayées

À Bruxelles, Brio travaille autour de figures contestées du passé. Et à l’IVG-School de Gand, ils relient explicitement l’éducation à la mémoire à l’actualité. Leur dernier projet porte sur les héros de la résistance dont les noms figurent sur le mémorial de l’école. Comment chacun, à partir de sa propre vie, peut prendre position contre la polarisation et l’oppression.

Rendre l’horreur palpable

Le Fonds Ruyffelaere soutient également des visites dans des lieux de mémoire où des événements se sont déroulés dans un passé pas si lointain. Le camp de concentration d’Auschwitz, la Maison d’Anne Frank à Amsterdam, le Fort de Breendonk ou la Kaserne Dossin, d’où sont partis 28 trains pour Auschwitz-Birkenau entre 1942 et 1944. Des lieux qui vous laissent sans voix et qui rendent palpable l’horreur à laquelle le racisme peut conduire.

Stien Vleirick s’est rendue à la Kaserne Dossin de Malines avec la classe d’une école primaire bruxelloise où elle a effectué un stage pour sa formation d’enseignante, le tout avec le soutien du Fonds. Ne lui dites jamais que ces élèves sont trop jeunes pour se rendre dans des lieux comme celui-là. Ce qui lui importe le plus, c’est qu’avec ces leçons, elle encadre parfaitement les enfants. Pour sa thèse de bachelier, elle a donc mis au point un kit pédagogique sur l’éducation à la mémoire. « J’en apprends tellement ici, de mes collègues étudiants, mais aussi des élèves de mes écoles de stage », note Stien Vleirick.

« J’en apprends tellement ici, de mes collègues étudiants, mais aussi des élèves de mes écoles de stage. »
Stien Vleirick
enseignante en formation

Pendant deux semaines, elle a travaillé avec sa classe sur le thème de la persécution des Juifs, en particulier à Bruxelles, afin d’établir un lien plus étroit avec le monde des enfants. Par exemple, elle a organisé une promenade dans les Marolles, à la recherche de traces de l’ancien quartier juif, et une discussion avec un témoin oculaire. Elle a également fait le lien avec les « camps de rééducation » pour la population musulmane ouïghoure en Chine et a laissé les enfants imaginer eux-mêmes une action pour lutter contre le racisme et la discrimination.

Fonds Aurore Ruyffelaere

Le Fonds a été créé pour commémorer la vie et l’œuvre d’Aurore Ruyffelaere. En tant que professeure d’histoire, Aurore était très engagée dans l’éducation à la mémoire.

Le Fonds Aurore Ruyffelaere vise à mettre l’éducation à la mémoire à l’ordre du jour et à soutenir des projets sur cette thématique. L’éclairage est important, mais surtout l’engagement actif contre toutes les formes de nationalisme extrême, de racisme, de discrimination et la réflexion à ce sujet. À cet effet, les principes des Lumières de liberté, d’égalité et de fraternité constituent une boussole morale.

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