Récit

La Petite école : une école pour enfants en exil

Depuis 2016, la Petite école aide des enfants de primo-arrivants, qui n’ont jamais connu l’école, à maîtriser les codes scolaires et sociaux. La Petite école bénéficie de soutiens publics et privés, notamment du Fonds Joseph Schepers-Germaine Lijnen, géré par la Fondation Roi Baudouin.

Mai 2015. De nombreux syriens fuient la guerre et viennent chercher asile en Europe. Parmi eux, certains s’installent en Belgique. Dans le chaos de l’exil, des groupes se rassemblent à Anderlecht, au parc de la Rosée. Des « Doms » pour la plupart, du nom de cette minorité ethnique moyen-orientale, d’origine nomade, souvent victime de discriminations, en Syrie ou en Irak. Marie Pierrard et Juliette Pirlet, enseignantes à l’Institut Sainte-Marie, à Saint-Gilles, découvrent alors cette réalité en arpentant les rues de Cureghem, ce quartier populaire d’Anderlecht. « Nous avons parlé avec ces familles syriennes, souvent perdues face à la complexité administrative de la Belgique, et nous avons réalisé que leurs enfants n’étaient pas scolarisés ». Face à ces enfants désœuvrés et fragilisés par l’exil, elles décident de donner cours quotidiennement, avec l’aide de collègues de Sainte-Marie, en extérieur, dans le parc de la Rosée. Cette « école éphémère » accueillera tout l’été jusqu’à 100 élèves au quotidien. Les deux enseignantes réalisent alors que « certains de ces enfants sont analphabètes et n’ont jamais été scolarisés. Ils ne possèdent pas les codes scolaires, ni les codes sociaux », résume Marie Pierrard.

Dès la rentrée de septembre, des démarches sont entamées pour inscrire ces enfants dans des établissements bruxellois. Mais l’école, pour eux, est un autre monde, à la fois rêvé et craint, dont ils ne maîtrisent rien et qui leur fera sentir leur différence. Pour éviter l’échec annoncé, l’absentéisme scolaire et le sentiment de rejet, il fallait imaginer quelque chose de nouveau, hors du cadre classique de l’école. « Pour ces enfants, une période de transition est nécessaire. Il leur faut une phase de ‘pré-scolarisation’ pour les aider à intégrer l’école, pour leur redonner confiance en eux », ajoute Marie Pierrard. C’est ainsi qu’est née « La Petite école », en février 2016. Le projet se veut préventif et thérapeutique. D’un côté, on tente d’éviter de futurs décrochages scolaires et, de l’autre, le cadre « souple et structuré » de l’école, la routine quotidienne, les contenus adaptés rassurent ces enfants pour qui l’inconnu est source de grande anxiété. Depuis 2016, 143 enfants, de Syrie, d’Afghanistan, d’Irak, de Guinée, âgés de 6 à 16 ans, sont passés par la Petite école, pour des périodes allant de 6 à 12 mois. Les élèves touchent à tout mais apprennent surtout la socialisation, les codes de l’école, l’attention, la gestion des frustrations et la psychomotricité fine.

Le cadre comme une structure apaisante

Chaque jour, les élèves se réunissent autour de la table de classe pour le rituel du matin, structuré autour de la date du jour, de la liste des présences et des absences, de la « poutre du temps », où les activités à venir sont rappelées. Puis les élèves choisissent leur atelier. « L’espace imaginaire », où l’on joue et observe, souvent des œuvres picturales. L’atelier de la Petite école, pour y travailler le bois ou la céramique. Ils peuvent aussi choisir un moment plus classique, en classe. A midi, toute la Petite école partage un repas que quatre élèves auront contribué à concocter.

Enfin, les enfants participent le mardi après-midi à l’atelier théâtre. Le jeudi, c’est le « soin porté à l’école » qui ponctue leur journée, par la construction d’une étagère ou le passage d’un coup de peinture sur les murs. Le vendredi, la semaine se clôt sur une session sportive.

Le passage des enfants à la Petite école est marqué par la création d’un lien fort entre les enseignantes et les parents. « Ce qui permet de leur renvoyer quelque chose de positif à propos de leur enfant. D’offrir un autre récit que celui de l’enfant qui n’y arrivera jamais », précise Marie Pierrard.

« Certains de ces enfants sont analphabètes et n’ont jamais été scolarisés. Ils ne possèdent pas les codes scolaires, ni les codes sociaux. »
Marie Pierrard
enseignante

Bien sûr, la Petite école, avec ses 17 places, n’a pas pour ambition de résoudre, à elle seule, toutes les difficultés de scolarisation des enfants en exil. Mais ce projet pédagogique s’ancre dans divers travaux de recherche, afin d’affiner les méthodes pédagogiques et de rendre visible cet enjeu si longtemps resté dans l’ombre. La Petite école fonctionne grâce à un équilibre entre financements publics et financements privés, notamment grâce au Fonds Joseph Schepers-Germaine Lijnen, géré par la Fondation Roi Baudouin. Une aide bienvenue pour un projet qui ambitionne de créer un « environnement favorable ». Il s’agit d’un travail quotidien pour tenter de baliser, tant bien que mal, un chemin apaisé vers l’école. La Petite école a notamment inspiré l’initiative homologue néerlandophone Villa Veerkracht, également rendue possible par le Fonds Joseph Schepers-Germaine Lijnen, et mise sur pied par Vluchtelingenwerk Vlaanderen.

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